Indochine fait trembler le Saint-Denis
"Faites du bruit! Faites du bruit!" s'est
évertué à leur crier Dédé Traké pendant toute la première
partie. Mais le bruit, c'est à Indochine que le réservait le
jeune public qui remplissait le Saint-Denis a capacité hier soir.
Et debout avant même l'entrée en scène du groupe, profitant des premiers accords du Baiser pour envahir les allées, hurlant à s'en crever les tympans, il n'allait pas se rasseoir du reste de la soirée.
Soirée toute spéciale, qui soulignait les dix ans d'Indochine par une rétrospective en 19 "hits" que le public qui les connaissait tous par coeur reprenait en choeur avec le chanteur Nicolas, de L'Aventurier en 81 à La Guerre est finie en 91.
Soirée presque magique, où les jeunes français qui ne semblaient pas s'attendre à un accueil aussi triomphal, se déchainaient à leur tour. Plus l'enthousiasme montait dans la salle, plus l'énergie montait sur scène. Et comme si une espèce de guerre d'usure s'était engagée entre les admirateurs déchaînés d'Indochine et le contrôleur du son, à mesure que leurs cris enterraient la musique, il leur leur répondait en haussant le volume à son tour.
Avec pour résultat que les chansons bien léchées, aux paroles toujours bien en évidence et aux sonorités de claviers technopop auxquelles nous ont habitués les disques, prenaient hier des accents beaucoup plus rock. Les deux guitares martelaient les accords, le batteur se croyait dans Led Zeppelin. Le pianiste dans les Stones. Et le chanteur qui se démenait comme un diable dans l'eau bénite, prenait une autorité qui faisait oublier ses traits d'adolescents et son physique de poids plume.
Mais en même temps, l'immense maîtrise du groupe restait partout évidente. Les notes d'un piano aérien et subtil savaient encore frayer leur chemin à travers le tintamarre des guitares et de la batterie. Des accords de flamenco égrenés par des doigts de fées que la guitare, pouvait tempérer la furie des tambours.
Et c'est peut-être ce raffinement dans l'excès qui manquait à Dédé Traké, dont le succès en première partie fut pour le moins mitigé. Si Té qui toé? a été accueilli avec le respect qu'il mérite, le reste est vite apparu monotone et trop rudimentaire. Si le "son de garage" qu'Indochine a adopté hier soir au St-Denis est venu donner plus de piquant au groupe, il n'aura servi qu'à mettre en évidence les limites de Dédé Traké . Dont l'art n'est pas encore à la hauteur de l'énergie qui l'anime.