Show devant!

Nicola Sirkis (Indochine), créateur du X festival.

En mai 1981 naissait Indochine, groupe qui imposa son style. Questions à Nicola Sirkis, chanteur et leader d'Indochine, qui lance le X festival, premier festival rock itinérant. Coup d'envoi le 3 juillet au Zénith de Toulouse, puis rendez-vous à Namur, Nîmes, Vienne, Antibes... (Voir aussi p. 51).

Quelle est la vocation du X festival?

Nicola Sirkis - Proposer une alternative aux festivals de rock habituels! Les enjeux économiques sont devenus prioritaires, et les critères purement artistiques sont laissés de côté. Leur objectif est surtout de réunir des artistes qui "cartonnent".

On le voit bien sur les gros festivals européens : les musiciens anglo-saxons viennent "faire leur marché" parce qu'ils sont très bien payés. Chacun attend son heure de passage dans son Algeco. C'est un peu triste!

Comment vous est venue l'idée?

N.S. - Je l'avais en tête depuis plusieurs années, et j'ai été conforté lors d'un concert à Strasbourg, l'an dernier. Nous avons joué avec des gens très différents, comme Mass Hysteria et Dionysos. Je savais que ça marcherait. Pourtant, à entendre la presse rock, cela devait forcément mal se passer... Et, depuis le début de la tournée d'Indochine, il y a deux ans, je suis assailli de demandes en ce sens par différents groupes.

Quel sera le profil des groupes invités?

N.S. - C'est une programmation plutôt radicale, avec Dolly, Mass Hysteria, Mickey 3D, les Wampas... Frank Black et Morrissey sont en "stand-by". Nous n'avons pas choisi la facilité. Nous prenons des risques... Tout est ouvert : c'est une forme d'expérience.

Le point commun à ces différentes formations, c'est leur sincérité. L'affiche changera à chaque édition. Et c'est Indochine qui fera le lien entre les différentes dates, parce que nous pouvons ramener du monde. Je suis content : cette programmation a de la gueule!

Quel reproche peut-on faire aux festivals existants?

N.S. - Les gros festivals sont parfois victimes de leur succès. Les questions de "business" sont devenues primordiales. Sans vouloir mettre sur pied un festival alternatif, punk ou rebelle, il est temps de redresser la situation : on s'est parfois éloigné de l'esprit de la musique. Même s'il y a de la naïveté à dire cela.

Les attentes du public vont-elles dans ce sens?

N.S. - Je le souhaite. Quand on regarde la liste des artistes qui ont eu du succès cette année, on constate que personne ne les attendait. Qu'il s'agisse de Renaud, de Carla Bruni, de Vincent Delerm, de Mickey 3D ou... d'Indochine. Et puis, si le X festival ne marche pas, ce n'est pas grave : on aura quand même donné quelques bons concerts!

Cette aventure est-elle viable?

N.S. - Je l'espère! Mais ce n'est pas mon job de le dire. Entre 5.000 et 8.000 spectateurs, nous couvrirons nos frais sans gagner d'argent. Avec cette aventure, je mets en danger Indochine : nous avons refusé de participer à de nombreux festivals.

Pourquoi cette apellation?

N.S. - Au départ, nous voulions l'appeler Gangbang. Le choix de la lettre X est une référence à la X génération et au mouvement grunge. C'est aussi une lettre qui sent le soufre en France...

Comment voyez-vous l'avenir du X festival?

N.S. - C'est le numéro 0 et nous verrons comment les choses vont se dérouler. Tout le monde nous dit : "Quel culot!" Nous pouvons nous planter! Ce serait le signe que l'industrie est plus forte que la musique. J'aimerais qu'il dure dix ans, à raison d'une édition tous les deux ans, pas plus. En 2004, Indochine prendra du recul : nous avons un nouvel album à enregistrer...