Indochine : Le rock oui, le show-biz non merci!
Avec
Paradize, Indochine a vécu une renaissance. Car pour celles qui ne le
savent pas, en 1982, les jeunes dansaient déjà sur leurs tubes!
Rencontre avec Nicola Sirkis, membre fondateur du groupe, qui se produit en concert à Paris ce mois-ci et dans toute la France cet été.
Paradize l'album revanche
Avec
près d'un million d'exemplaires vendus, Paradize n'est pas seulement
l'album du succès pour Indochine, c'est aussi et surtout l'album de la
revanche.
Après les succès des années 80, le groupe a connu une traversée du désert et pour beaucoup était devenu symbole de rockers ringards, dépassés.
Mais Nicola Sirkis, le leader, ne s'est jamais plié aux critiques et a poursuivi inlassablement sa route. L'histoire lui donne raison avec ce retour en grâce incroyable.
Indochine, Paradize (Columbia / Sony).
Lolie : Un de vos principaux sujets est le sexe. Est-ce une passion obsessionnelle?
Nicola Sirkis : Le sexe, c'est toute l'histoire du rock'n'roll... Difficile d'ailleurs de dissocier les deux. C'est donc une de mes sources d'inspiration, mais de là à dire que c'est la seule, ce serait enfermer Indochine dans quelque chose d'un peu futile, léger. Les textes du dernier album sont quand même plus proches de la poésie que du rap, si l'on veut. On ne chante jamais des trucs trop crus, on reste toujours dans une ambiance, un climat, sensuels. Jamais vulgaires.
L. : Pourtant, cela reste un sujet réellement tabou pour de nombreux chanteurs en France...
N. S. : C'est vrai que moi, j'ai toujours plus écouté David Bowie ou Patty Smith que des chansons d'ici. D'une certaine manière ce sont des Anglais et des Américains qui m'ont éduqué. Le sexe est une des thématiques de leurs chansons, la confusion des sexes aussi. Smith ressemblant à un homme, Bowie à une femme...
En France, cela n'a jamais été le cas. Pas de traces de sexe chez Noir Désir ou les autres groupes récents. On dirait qu'il y a comme un malaise, un problème, pour en parler. Pourtant comme je le dis, la maxime "Sex, drug and rock'n'roll" persiste! Si le rock a encore du pouvoir, une aura, il ne faut pas qu'ils disparaissent!
L. : D'ailleurs, on se souvient de la chanson, Le Troisième Sexe...
N. S. : Un morceau culte. La maison de disques ne voulait pas que l'on enregistre cette chanson, par peur que l'on nous assimile à des homos. On l'a sortie et elle a eu un succès incroyable!
Des gens dansaient dessus sans savoir de quoi il s'agissait, et d'autres se sont retrouvés dans ces paroles. Un garçon atteint du sida est venu me dire, il y a peu, tout ce que ce morceau voulait dire pour lui, j'étais ému et fier. J'ai vu la portée que pouvait avoir une simple chanson...
L. : Paradize est, paraît-il, le troisième album d'une trilogie...
N. S. : Oui. Paradize clôt une trilogie commencée avec Wax en 1996, poursuivie par Dancetaria en 1999, un album que je définis comme "pop-glam-gothic", même si ça en fait rire certains... Pour moi, Wax a marqué la renaissance du groupe, plus pop peut-être, et surtout plus abouti. Paradize en est le summum.
D'ailleurs, je suis super content que cet album nous consacre et touche autant de monde. Après cette longue tournée, le Palais omnisports de Paris Bercy va couronner cette année magique. Mais, on ne se repose pas sur nos lauriers et on prépare quelque chose pour cet été...
L.
: D'où vient cette idée de trilogie?
N. S. : À partir de Dancetaria, j'ai perçu une renaissance et pensé à l'aspect "trilogique" qu'elle pourrait prendre. D'une façon étrange et singulière, après la mort de mon frère, Stéphane.
L'amour, le manque, la mort, la religion, le paradis... plein de choses se répondent à travers les morceaux sur les différents albums. Il y a aussi cette philosophie sur la constitution d'un "paradis personnel". Car je ne crois pas à un paradis lié à la religion, mais plutôt à un que l'on se crée soi-même.
L. : En même temps, il semble qu'avec cette trilogie, quelque chose se ferme...
N. S. : Oui. Pour différentes raisons, je suis convaincu que Paradize est réellement le dernier disque d'Indochine. Je ne sais pas si je suis arrivé au bout d'une longue aventure, si ce sentiment va changer, se transformer...
Je me demande : "Est-ce que j'ai encore des choses à dire?" Ces derniers albums sont nés dans la souffrance, la difficulté. Depuis Wax, j'ai de plus en plus de mal à écrire une chanson, à terminer un album... Je n'arrive pas à trouver le moment où il faut dire "c'est fini" lorsque j'enregistre. Je dois voir l'album dans les bacs pour vraiment réaliser qu'il est achevé!
L. : As-tu toujours l'impression avec Indochine d'être le vilain petit canard de la chanson française? Et n'est-ce pas ton image de marque?
N. S. : Une image de marque, peut-être, mais ce n'est pas voulu! C'est vrai que, comme je l'expliquais, nous ne nous reconnaissons pas dans le rock de l'Hexagone. Je ne me retrouve pas dans cet univers-là. Aller faire l'idiot même pour la bonne cause (Ndlr : Les restos du coeur?) avec des gens qui ne m'intéressent pas, ce n'est pas mon truc.
Ça reste du show-biz : autosatisfaction, autocélébration, besoin de reconnaissance maladif... Non merci, pas pour moi. Cette fausse gentillesse, cette fausse naïveté qui sont les marques du milieu sont des choses insupportables. Je suis ravi de ne pas faire l'unanimité!
FICHE SIGNALÉTIQUE
Les fondateurs : Nicola Sirkis, Dominique Nicolas, Dimitri Bodianski et Stéphane Sirkis (frère de Nicola, il est décédé en 1999).
Les membres actuels : Nicola Sirkis (voix, guitares), Oli de Sat (guitares, claviers, piano), Mr Boris (guitares), Mr Matthieu (batterie), Mr Eliard (basse), Melissa Auf Der Maur (voix sur Le Grand Secret), Pauline Léonet (voix sur J'ai demandé à la Lune).
Signes particuliers : Indochine est un cas à part dans le rock français. Déjà, en 1982, on les comparait aux Anglais de The Cure, grande source d'inspiration du groupe. Aujourd'hui, Indochine ne se rapproche pas des autres chanteurs de l'Hexagone, mais plutôt de Placebo, Tricky ou toujours The Cure.
Les albums cultes : L'Aventurier (1982), Le Péril jaune (1983), Trois (1985), Le Baiser (1990), Paradize (2002).
Où leur écrire? Sur leur site Internet, sur la page "dazibao" : www.indo.fr
En concert, le 3 juin, à Paris Bercy (complet) et en tournée dans toute la France cet été (consulte les dates sur : www.indo.fr)