Le groupe de rock Indochine sort triomphalement des oubliettes. Et rechante ce soir au Zénith de Lille
"Le monde est un pervers et je continuerai de le braver"

Alors que leur album "Paradize" flirte avec le million d'exemplaires vendus, ils bouclent une grande tournée à travers le pays, qui s'achèvera à Bercy en juin. En attendant, ils ont rempli le Zénith de Lille dimanche et recommencent ce soir. Nicola Sirkis, le leader du groupe, a répondu à nos questions.

La grande affaire du moment sur la scène rock française, c'est le "come-back" d'Indochine...

C'est un come-back purement médiatique. Nous n'avons jamais cessé de nous produire durant ces années, sauf que vous, les médias, n'en parlez pas. Il y a cinq ans, par exemple, on passait à l'Aéronef, et il n'y a pas eu une ligne sur nous".

Comment viviez-vous ce silence des médias à votre sujet?

"Nous l'avons ressenti comme une injustice. Il y avait quand même de bons morceaux... Mais au total, l'épreuve a été bénéfique. Nous nous sommes demandé pourquoi les médias nous boudaient. Cette remise en question nous a permis d'avancer. Mais aujourd'hui, je ne suis animé par aucun esprit revanchard. J'ai simplement le sentiment d'une injustice reconnue et réparée".

La caricature des Inconnus vous a-t-elle causé du tort?

"Comme en politique, la caricature n'est jamais gratuite. On dit toujours que c'est la rançon de la gloire, etc... Je pense par exemple qu'elle a fait chuter Jospin en 1995. De même elle nous a incontestablement ridiculisés aux yeux d'un large public. Beaucoup de gens se foutaient de nous.

Bien sûr, il vaut mieux savoir rire de soi. Au début, je me suis marré aussi... Maintenant, nous sommes à nouveau connus, et les Inconnus ont sombré dans l'inconnu. C'est le jeu".

"Paradize" meilleur album de pop-rock aux Victoires de la musique... Cela a-t-il changé votre état d'esprit?

"Pas du tout. En fait, nous nous attendions à quelque chose. Il aurait été dramatique que la profession ne salue pas ce rappel du public".

Aujourd'hui, on fabrique des stars en trois semaines. Est-ce une nouvelle donne pour vous?

"Star Academy, c'est l'industrie qui ne se cache plus pour fabriquer des produits. Ce qui est sûr, c'est que vous avez toujours un retour.

Regardez parmi les plus grands succès du moment : Renaud, Indochine... Pas de "produits préfabriqués", donc. Le public n'est pas aussi idiot que certains veulent bien le croire. Maintenant, dire qu'on est au-dessus de ça, c'est présomptueux. Et en faire une cible, comme Renaud, c'est facile. On n'a rien à voir avec ça, c'est tout".

Vous avez passé une partie de votre jeunesse en Belgique et sur la frontière. Vous avez même écrit une chanson intitulée "Dunkerque"...

"J'ai passé ces années en pension... Mais il est clair que je me sens bien mieux ici qu'à Paris, où je vis par stricte nécessité. Lille et Bruxelles sont beaucoup plus européennes, et depuis longtemps. C'est aussi vrai pour Strasbourg, autre ville frontalière. Quant à Dunkerque, l'industrielle, c'est une ville qui sonne très rock.

Un jour, j'y suis arrivé vers 6 heures du matin. Tout était gris et sombre, la mer, le ciel, les usines. Et puis juste après, il y avait cette atmosphère lumineuse, chaleureuse, de la salle où je suis entré. J'ai donc mis en chanson cet univers dégradé, perverti par l'homme, mais que l'on peut toujours braver..."