Un petit coin de "Paradize"...

Mercredi soir, le groupe Indochine donnait un concert à la patinoire. De nombreux fans de l'ancienne et de la nouvelle génération étaient là pour scander les refrains à la fois et romantiques et provoc' du groupe phare des années quatre-vingt.

Le jeu de scène de Nicola Sirkis, avec un mégaphone, motivant le public briviste.

Dehors, deux heures avant le début du concert, les fans commencent à se presser contre les barrières de la patinoire de Brive.

A 20h30, les premiers cris d'impatience se font entendre et l'ambiance monte déjà. Brive, première ville étape de "l'acte 3 du Paradize tour", ne déroge pas à la règle en faisant salle pleine.

On les pensait morts, emportés par le déclin de la new wave au début des années quatre-vingt-dix, mais la sortie du dernier album, "Paradize" fait un véritable carton avec des tubes comme "J'ai demandé à la lune" ou "Mao Boy". Ils sont bel et bien de retour et le public briviste va leur accorder un triomphe.

Il suffit que Nicola Sirkis, chanteur et leader du groupe, entre sur scène vêtu de ses traditionnels habits noirs, pour que la foule hurle, sautille et applaudisse. Un simple "bonsoir Brive!" de sa part et tout le monde est conquis, prêt à entendre le premier morceau, "Paradize", suivi d'"Electrastar", deux des titres électropop du dernier album.

Retour en arrière : rendez-vous en 1985 avec "Trois nuits par semaine". Jubilatoire. Le public couvre presque la voix de Nicola Sirkis... Les vieux refrains n'ont pas été oubliés! Le groupe n'a rien perdu de ses bonnes habitudes : des petits messages qui touchent entre chaque chanson, qui font réagir, s'interroger...

Des messages sur la tolérance et parfois un peu provoc' quand il s'agit de sexe. Ajoutez à cela l'écran géant qui diffuse des images, "parfois un peu hot", avoue le chanteur, en rapport avec les chansons. Pour "Punker", Nicola Sirkis invite le public à scander : "Est-ce que tu veux faire du sexe avec moi?".

Et quand arrive la célèbre chanson "Troisième sexe", il dit d'une voix suave : "Cette chanson est dédiée à tous les garçons qui aiment les garçons, les filles qui aiment les filles, les filles qui aiment les garçons et les garçons qui aiment les filles".

Les chansons de "l'album de la résurrection" semblent charmer le public briviste. Les briquets s'allument pour les ballades et les corps s'agitent pour les chansons plus rock.


Indochine a démarré l'acte 3 de son "Paradize tour", mercredi, à Brive

UNE VÉRITABLE COMMUNION

Quand arrive "J'ai demandé à la lune", le chanteur au look androgyne n'aurait même pas eu besoin de prendre le micro. La foule connaît tout du morceau, jusque dans le moindre détail. Il plane dans la salle une sorte de bien-être, de plénitude : l'osmose groupe-public est là...

Et Indochine enchaîne alors avec des reprises des standards qui restent inusables : "Canary Bay", "Des fleurs pour Salinger", "Tes yeux noirs" et "Troisième sexe". Entre les chansons, Nicola Sirkis ne cesse de montrer sa gratitude au public qui, malgré l'annulation du concert en novembre, est revenu le soutenir pour cette tournée.

"Nous avons énormément de chance d'avoir un public comme vous", tient-il à ajouter. En cadeau, il chante pour la première fois sur scène "Popstitute". Indochine a définitivement réussi à charmer les Brivistes. Pour le rappel, encore des chansons pleines de symboles.

Quelle meilleure communion entre nouveaux et anciens fans que de reprendre ensemble "L'aventurier"? La chanson n'a pas pris une ride... Elle est suivie de "Dunkerque", chanson du dernier album, que Nicola Sirkis tient à appeler, ce soir, "Brive"!

Le concert s'est achevé sur "Marilyn", qui a laissé une touche lumineuse remplie d'espoir à ce spectacle. Tout le monde a chanté en coeur : "Nous, on veut vivre, encore plus fort, encore un peu". Malgré une acoustique malheureusement assourdissante, le plaisir des retrouvailles était presque palpable et touchant.

Indochine n'a peut-être pas de "grand secret", comme il y fait allusion dans une chanson éponyme du dernier album. Le groupe sait juste être le même depuis des années : proche de son public. En tout cas, les spectateurs brivistes ont pu goûter au "Paradize" pendant deux heures. Et plus d'un auraient bien décroché la lune pour être avec eux plus longtemps.

ARGUMENTS

NICOLA SIRKIS

L'aventure n'est pas finie

Nicola Sirkis, chanteur du groupe Indochine, lors du concert donné à Brive.

Après le succès de son dernier album, "Paradize", Indochine continue sa tournée dans les salles françaises. Mercredi soir, il était à Brive : une occasion pour rencontrer Nicola Sirkis, chanteur, et qu'il explique les grandes lignes de cet album.

Y a-t-il eu des évolutions dans les membres du groupe?

Pour cette année, il y a deux nouveaux musiciens : Oli de Sat, qui fait partie de l'aventure vis-à-vis de son travail sur l'album, et un nouveau clavier, Monsieur Fred. Sinon, il y a toujours Boris et Marco et cela depuis de nombreuses années.

Pour cet album, vous avez de nombreux collaborateurs comme Jean-Louis Murat, Gérard Manset, Camille Laurens ou Mickey 3D. Comment vous est venue l'idée de travailler ensemble et qu'ont-ils apporté à "Paradize"?

Cet album clôture une trilogie entamée avec "Wax". Je désirais faire intervenir des gens que j'aimais et qui ont la même sensibilité qu'Indochine. Ils ont pris un vrai risque en acceptant de travailler avec nous mais on se rend compte que ça en valait la peine. Pour toutes ces rencontres, je souhaitais voir directement les gens ou leur parler par téléphone pour bien les comprendre.

Tous avaient très envie d'écrire pour nous et je les remercie de s'être si bien adaptés à l'esprit du groupe. Ils n'ont rien apporté de vraiment novateur à l'album puisqu'ils se sont fondus à notre univers. Ils ont eu un grand respect de notre travail et c'est ce qui fait que l'album reste homogène.

Il y a une sorte de dualité dans cet album : dualité entre le paradis et l'enfer, le bien et le mal, les chansons douces et celles plus rock. C'est votre vision des choses?

Toutes ces dualités dans les paroles sont le plus souvent inconscientes. Mais c'est vrai que l'on voulait soulever le problème car le monde, la vie est comme ça. On ne sait jamais trop vers quel côté se pencher. Le bonheur parfait n'existe pas et le malheur complet non plus.

Je me demande souvent si ce que l'on nous inculque depuis l'enfance fait vraiment partie du domaine du bien... Les problèmes entre les Etats-Unis et l'Irak sont de cet ordre : qui est le représentant du bien et qui est le représentant du mal? Sommes-nous vraiment capables de les discerner?

Vos thèmes de prédilection, comme l'amour romantique, le sexe, l'androgynie, sont tous présents mais cet album parle aussi beaucoup de religion. Pourquoi?

Comme je le disais, "Paradize" clôture une trilogie. "Wax" parlait de l'adolescence et de la découverte de la sexualité et "Dancetaria" était plus basé sur l'amour. Ici, on parle de la maternité mais aussi de tous les tabous religieux concernant la sexualité. La pochette de l'album montre une femme enceinte qui assume sa sexualité, son plaisir. Sans faire de grands discours philosophiques, nous voulons susciter la réaction des gens.

La religion était un thème que nous n'avions pas encore exploré et il était important de le faire, de revendiquer nos opinions, sans pour autant être irrespectueux. Pour moi, la question est : comment un père et une mère vont expliquer Dieu à leur enfant alors que nous vivons dans un monde malhonnête? Personnellement, je ne crois plus en Dieu depuis la mort de mon frère.

Quels sont vos projets après le "Paradize Tour"?

La tournée se finit le 3 juin. Nous allons ensuite travailler à l'élaboration du DVD. Nous avons tous envie de travailler sur un nouvel album mais encore faut-il avoir des choses à dire, sans se répéter! Pour l'instant, tout cela est encore flou. Mais une chose est sûre c'est que nous nous sentons tous très bien ensemble et que l'aventure n'est pas finie!