On se retrouvera

Avec Paradize puis une tournée prolifique, Indochine renoue avec son glorieux passé. Les années 80 les avaient lancés à grande vitesse. Désormais, ne reste que Nicola Sirkis, témoin d'une aventure portée par une étrange ferveur populaire. Aller-retour dans la machine à remonter le temps…

Vingt ans ou un peu moins, en 1980. Des premières parties de Taxi Girl très vite écourtées. Les "bleus" faisaient déjà de l’ombre aux cadors… Nicola, Dominique, Stéphane, et Dimitri devenaient Indochine. Cheveux en bataille et accords new-wave, à l'ombre bienveillante et porteuse de The Cure ou Depeche mode. Les textes glissaient entre amours adolescentes et fantasmes délirants.

"C’est à Canary bay, des filles y habitaient par milliers, c’est à Canary bay, des filles qui s‘aimaient et s’embrassaient, armées…"

Vingt ans après, s’il n’en restait qu’un… Nicola Sirkis. Même présentation capillaire. Et l’esprit Indochine préservé.

"Est-ce que tu viendrais faire, est-ce que tu voudrais faire, le sexe avec moi", suggère-t-il sur le dernier disque.

Alors à jamais heureux? Certainement quand "L’aventurier" alias "Bob Morane contre tout chacal…" secouait l’été 83 et Serge Gainsbourg réalisait le clip de "tes yeux noirs"en 1985. Aujourd’hui, c‘est Gérard Manset, Camille Laurens, Jean-Louis Murat, Melissa Auf Der Maur qui se sont penchés sur le nouvel album. La surprise de voir autant de monde s’intéresser à leur univers, le leader oscillant souvent entre la parano protectrice et la méfiance naturelle.

Indochine plaît ou pas, mais l’indifférence ne l’atteint plus… A l’époque, les coups pleuvaient, eux s’y plaisaient. Quoique… Dimitri s’est éloigné au déclin des années 80, Dominique, compositeur attitré, s’est arrêté cinq ans après. Les ratés d’une mécanique à quatre rouages, parfois grinçants.

"Le départ de Dominique se souvient Nicola, qui, pour moi, aurait été une catastrophes cinq ans auparavant, était dans ce contexte presque bénéfique". Et Stéphane disparaît. La course aurait pu s’achever, mais la tête pensante du groupe voulait enclencher la machine à remonter le temps. Poursuivre une renaissance amorcée, en 1996, par "Wax", orgueil d’un duo, avec Stéphane encore là, voulant prouver que "personne n’est irremplaçable", dixit Nicola. Discrétion assurée.

Puis "Dancetaria" sonna le rappel. Un homme seul en pointe, dernier défenseur d’une certaine idée du groupe. Et du bonheur, avec "Paradize" et une tournée qui le renvoie deux décennies en arrière. Les radios redécouvrent le style Indo, la presse écrite s’interroge sur le phénomène ravivé. Pourtant, leurs titres n’avaient jamais quitté les platines de M. Durand et les autres…

Pas étonnant que les rangs populaires se soient gonflés d’orgueil et d’affluence depuis l’entame d’un tour 2002 au doux parfum de revival. Les générations se fondent et se font "divisions de la gloire" comme aime à les appeler Nicola Sirkis. Jamais lâché par ces fidèles, ce dernier se sont renforcé dans son obstination, pour une boucle certainement conclue. Définitivement…

Survivront des mélodies qui collent encore une frénésie inexplicables aux nostalgiques trentenaires ou quadras. Qui attirent les anciens d’Indochine et leur descendance. Des concerts en forme d’hommage permanent aux tubes d’antan.

"Allez viens là, viens avec moi, ne pars pas sans moi / allez viens là, reste là, ne pars plus sans moi…"