Indochine
Depuis la disparition prématurée
de son frère jumeau Stéphane, Nicola Sirkis perpétue, entouré
de nouveaux musiciens, la saga d'un groupe qui, contre vents et
marées, n'a jamais cessé d'avancer. Retour en pleine lumière
vingt ans après.
Tutoyant les sommets de la gloire, au coeur des années 80, les membres d'Indochine racontaient en s'amusant, qu'ils apprenaient à jouer en enregistrant leur premier single, "Dizzidence Politik", bouclé en une journée de studio.
Le groupe, formé quelques mois plus tôt, s'est jusque là "uniquement" illustré sur la scène du Rose Bonbon, club où, comme dans bien d'autres, trainaient des producteurs à la recherche de perles rares capables d'imposer une pop à la Française.
Bien que confidentiels, ces débuts apportent une certaine crédibilité, côté métier, au quatuor. Quand "Taxi Girl", alors en plein succès, part en tournée à travers la France "profonde", avec également au programme un nombre non négligeable de concerts dans des pays limitrophes, on leur propose la première partie.
De salle en salle, la popularité d'Indochine grandit au point de voler la vedette aux "autres". Au retour, ces quatre-là sont mûrs pour retrouver la console et mettre en boîte une demi-douzaine de chansons. Le mini-album s'intitule "L'aventurier". Le titre générique raconte l'histoire de Bob Morane, héros de la littérature adolescente et d'une bande dessinée, elle aussi, des plus populaires.
Le disque se vend à 700.000 exemplaires et Indochine ne va pas tarder à se retrouver propulsé, à une époque où Téléphone et Trust, fatigués s'apprêtent à raccrocher, au tout premier plan, celui du groupe leader du rock hexagonal.
Durant une décennie, la bande à Nicola et Stéphane Sirkis, va ainsi jouer les premiers rôles, enchaînant des tubes dont le retentissement dépasse largement nos frontières. L'album "7.000 danses", commercialisé en 1987, va se vendre à plus d'un million d'exemplaires à l'étranger, chiffre pulvérisé en France à chaque nouvelle sortie d'un vinyle studio.
La recette "Indo", selon une expression pleine de complicité qui se généralise parmi les inconditionnels, mélange de guitare saturée très sixties dans l'élégance et le son hypnotisant des synthétiseurs.
La gloire s'articule autour de titres comme "Le péril jaune", "Tes yeux noirs", "Trois nuits par semaine, "Troisième sexe", "Les citadelles". Qu'ils s'installent au Casino de Paris, à l'Olympia ou au Zénith, les quatre musiciens doivent invariablement ajouter des dates tant leurs prestations publiques arrêtent les foules.
Leur premier enregistrement live, en 1986, va même s'écouler à 200.000 exemplaires, un record pour ce type de réalisation que ne parviendra pas, alors, à atteindre la pourtant sulfureuse Madonna. Particulièrement édifiante, l'anecdote méritait d'être rappelée.
On parle d'"Indomania". La presse professionnelle raille la jeunesse des fans, emploie avec une ironie même pas dissimulée le terme "midinettes" pour décrire les adolescentes que cette new wave électrise.
Pas plus que Nicola Sirkis, Stéphane, son jumeau, également préposé aux claviers, Dominik Nicolas et Dimitri Bodianski, respectivement guitares et saxophone, ne sont épargnés par une critique qui les assimile mal. On parle de sous-Cure ou de parodies de Depeche Mode. L'approche est invariablement réductrice tout comme les considérations posées sur la voix et les textes de Nicola.
Assimilé à un pur produit de la plus mauvaise des variétés, le groupe n'en poursuit pas moins son chemin dans une belle indifférence. D'autres artistes, c'est vrai, ont connu le même traitement, de Goldman à Christophe, avant de se retrouver parés par les mêmes pisse-copies qui les avaient descendus, de tous les mérites.
En 1988, Dimitri Bodianski est le premier à partir. Dominik Nicolas restera, six années supplémentaires, avant de renoncer à son tour. Le "Birthday album", célébrant une décennie d'aventures musicales vient, pourtant, de connaître un accueil des plus chaleureux.
Beaucoup pensent que l'épopée touche à sa fin. Plus encore, lorsque Nicola Sirkis y va, solo, de sa "compil" de reprises. Il ne s'agissait que d'un intermède. Les jumeaux continuent après avoir battu le rappel de nouveaux musiciens.
Finies, temporairement, les grandes arènes du rock, la tournée 96 se fait dans de petites salles. Voilà, six ans, l'album "Wax", avec ses guitares puissantes, marque le début d'un nouveau cycle. Il s'agit de la première pièce d'un triptyque.
Lors de la mise en forme de la seconde partie baptisée "Dancetaria", survient le drame. Stéphane disparaît en février 1999, victime d'une hépatite foudroyante. Nicola continue seul, avec le soutien de fidèles.
La tournée qui suit est, tout simplement, triomphale. Elle n'a rien de funéraire, ni de racoleur. Une prolongation, intime sans inutile mystique, a lieu à travers une longue série de "shows" acoustiques.
Cette traversée du désert, les méchants coups du sort avaient fini par imposer le respect pour un musicien et le groupe qu'il continue de faire vivre. Pressé au printemps dernier, "Paradize", ultime partie de la trilogie a balayé les dernières équivoques.
Avec pour complices, des fidèles parmi les fidèles que sont Boris Jardel et Olivier Gérard, on y trouve un flamboyant déroulé musical où d'authentiques survivances pop, un rock estampillé et des touches d'indus installent des paysages mouvants.
Pour la première fois depuis longtemps "Indo", sans calcul ni compromis pour cela, occupe la tête du hit de l'été avec "J'ai demandé à la lune", une composition de Mickaël Furnon, membre d'un autre groupe en vue, Mickey 3D.
D'autres "illustres" sont venus prêter la main comme Gérard Manset, Jean-Louis Murat ou Jérôme Soligny. Avec un tel générique, l'album ne pouvait que plaire. C'est le cas et plus personne, désormais, n'osera dénigrer l'Indochine de Nicola Sirkis.