Indochine, une résurrection "paradiziaque"
Adulé dans les années 80, la formation
des frères Sirkis a ensuite connu un long déclin dans les années
90. Mais Nicola Sirkis, seul rescapé de l'aventure Indochine,
est revenu en force avec "Paradize" (Columbia), le
neuvième opus du groupe. Un succès sans précédent après plus
de vingt ans de carrière. Rencontre entre deux tournées.
- Indochine a vendu plus de 700.000 exemplaires de "Paradize" et plus de 1 million du single "J'ai demandé à la lune". Que ressentez-vous?
- Je suis vraiment ravi. Le fait d'avoir continué, envers et contre tout, me fait d'abord plaisir pour Stéphane (son frère jumeau, décédé en 1999) et, ensuite, ça fout le bordel dans tout le show-business français... Beaucoup - les maisons de disques et certains médias - pensaient que le groupe était fini, or le public a réimposé Indochine.
- Vous serez à Bercy le 3 juin. Une salle de 17.000 places, une première...
- Je me souviens lorsque B.M.G. nous a mis dehors, je suis allé démarcher les maisons de disques, leur disant que je voulais jouer dans cette salle. Beaucoup m'ont pris pour un fou. C'est la première fois qu'un groupe de rock français le fait. Et que l'on regroupera trois générations de fans, ceux de la new wave, ceux de Placebo, et les nouveaux.
- Y voyez-vous une revanche?
- Ça sonne aigri. Je ne suis pas en guerre. J'ai vu des gens méchants dans ce métier. Mais je préfère rester fier du public et de ceux qui nous ont suivis... Bien sûr, notre situation actuelle est plus que cool. On ne sort pas du cimetière non plus... Nous n'avons pas vendu notre âme au diable. Au contraire, j'ai donné mon âme!
- Quel regard portez-vous rétrospectivement sur les années noires du groupe?
- Seule la mort de Stéphane a été noire. Elle a été la pire des choses qui puisse arriver. Durant toutes les années 90, les salles étaient pleines et les disques se vendaient. Il y a eu le départ de Dominique Nicolas (guitariste fondateur), mais finalement, cela nous a aidés. Quand nous sommes redevenus un duo avec Stéphane en 1996, nous avons recommencé quasiment comme un groupe d'amateurs.
Sur scène, on a regagné un public, on a rebâti Indochine à la force du poignet et avec sincérité. Dans la musique, on part du coeur, et les gens ne sont jamais dupes. Ils peuvent acheter des produits surfabriqués, mais ils ont besoin de choses sincères. D'où les succès de Noir Désir, de Louise Attaque ou de Vincent Delerm. A l'époque, que nous jouions devant 500 ou 2.000 personnes, l'essentiel était de faire exister Indochine.
- Vous demeurez un symbole sexuel. Il suffit de voir l'hystérie des filles dans la salle.
- C'est l'essence même du rock! J'ai une chance énorme qui est, à 43 ans, de pouvoir encore faire cela. Mes parents vieillissent bien, donc je pense que génétiquement, dans la famille, c'est pas trop mal. Et la passion conserve. J'ai vu David Bowie il n'y a pas longtemps : il a dix ans de plus que moi et il dégage toujours un truc, il reste sexy. Comme Mick Jagger d'ailleurs... mais c'est assez rare!
- Avez-vous
été amené à faire des compromis pour réussir?
- Nous n'avons jamais mis une chanson qui ne nous plaisait pas sur un album. Nous avons fait des télés et des interviews qui ne nous enchantaient pas dans les années 80.
Mais c'est normal, c'était l'inconscience de la jeunesse. On m'a proposé d'aller chanter à "Star Academy", mais je n'ai pas envie, ce n'est pas ma place.
"J'ai demandé à la lune" n'a pas besoin de ça. Je n'ai pas envie de salir cette chanson. J'ai envie de garder les mains propres, et de dormir tranquille. Depuis le début, nous avons refusé tout ce qui pouvait être déshonorant.
Nicola Sirkis (en haut sur scène) est le seul membre du groupe original. Ci-dessus, en 1999, Indochine, c'était autour de Nicola, Jean-Pierre Pilot, Marc Eliard, Boris Jardel et Matthieu Rabaté. Cette année, ce sont d'autres musiciens qui l'accompagnent.
A la sortie du disque, vous étiez très flous sur l'avenir du groupe. Qu'en est-il désormais?
- Je n'en sais rien, j'étais dans le brouillard. Aujourd'hui la situation est parfaite. Mais est-ce le moment d'arrêter? est une question que je me pose un peu tous les jours. C'est vraiment 50-50. Je ne peux pas garantir un avenir, mais je sais qu'il y en aura un quand même, nous avons déjà commencé à écrire de nouveaux morceaux.
Je disais exactement la même chose il y a vingt ans. Je n'ai juste pas envie d'être un vieux chanteur. Or je suis vieux un jour, je suis plus proche de la fin que du début.
- Sur scène, vous ne rendez plus hommage à Stéphane.
- Je n'ai pas évacué sa perte, mais j'ai accepté que la mort fasse partie de la vie. J'ai toujours voulu rester clean par rapport à sa disparition, il n'était pas question d'en profiter. Sa place est toujours vide sur scène. C'est un geste intime, une partie de ma vie privée qui m'appartient.
- Quel est votre rêve ultime pour Indochine?
- Indochine n'a jamais été un cauchemar. Le rêve est donc atteint. J'ai encore une ambition : faire un album plus fort que tout ce que nous avons fait par le passé, trouver les mélodies ultimes. Peut-être que j'y arriverai...
- Et comment aimeriez-vous que l'on se souvienne de Nicola Sirkis?
- Attention, je ne fais que de la musique! On ne se souviendra pas de moi, mais plutôt des chercheurs qui auront trouvé le vaccin contre le sida. Seuls nos disques sont immortels. Et quand je serai mort, je n'en aurai plus rien à cirer.
En tournée jusqu'au 19 décembre. Puis reprise de février à juin 2003. Paris Bercy le 3 juin.