Indochine revient de l'enfer
Mardi, Amneville, mercredi, Nancy
Paradize, le dernier album, a confirmé le retour au tout premier plan Sept mille fans sont attendus au Galaxie.
A la limite, les choses semblent limpides... Indochine, qui avait pratiquement disparu de la circulation tout au long des années 90, revient sur le devant de la scène au moment même où la France s'offre un bon vieux virage rétro "années 80" : un peu comme Chantal Goya, Nicola Sirkis et ses (nouveaux) acolytes ne seraient ainsi qu'en train de récupérer les fans de la première heure, passés entretemps dans la tranche d'âge des trentenaires, et donc nostalgiques de leur (pré-) adolescence perdue... Facile. Sans doute trop.
Et trop beau (?) pour être vrai. Le quadragénaire Sirkis réfute en tout cas la théorie en bloc. A commencer par la réalité de cette prétendue "nostalgie années 80", qu'il attribue à un simple tour de passe-passe des maisons de disques. Là, il se trompe un peu quand même : perceptible à la fois dans les milieux rock et électroniques, y compris et surtout dans l'underground, cette vague rétro est non seulement bien réelle, mais procède du plus élémentaire mouvement de balancier au pays des musiques populaires, qui oscillent sans cesse entre goût pour l'avant-garde et repli frileux sur les valeurs sûres.
Inévitable, ce goût actuel pour l'innocence (présumée) des sonorités en vogue il y a vingt ans - au début des années 90, le même genre de réflexe avait fait le succès du "grunge", qui se contentait de recycler des styles de rock à la mode dans les années 70... - a certainement joué un petit peu dans le regain de ferveur qui entoure aujourd'hui Indochine.
Mais il n'est pas à l'origine de tout, et c'est là qu'on rejoint le chanteur, qui insiste pour rappeler qu'à ses débuts, Indochine arborait fièrement la bannière "new wave", usait ses fonds de culotte à la dure école du Rose Bonbon - en compagnie de Taxi Girl, Marquis de Sade ou Etienne Daho - et se sentait tout aussi proche de Cure et New Order que de Depeche Mode et Soft Cell. Bref, Indochine était alors (déjà?) un "vrai" groupe de rock : il avait donc, dans ses années formatrices, acquis suffisamment de crédibilité pour se (re)présenter comme un groupe de rock aujourd'hui.
Il se trouve simplement qu'après les avoir vus si souvent sautiller sous leur brushing et derrière leurs synthés à la télé, on s'attendait plutôt à les voir relancer leur carrière sous l'aile protectrice d'un DJ Hell ou d'un Hacker plutôt qu'en commando rock reprenant Smells like Teen spirit en version unplugged sur scène.
D'autant qu'il faut bien avouer que Nicola Sirkis souffre d'un grave déficit en charisme : à quarante ans bien sonnés, il arpente encore les scènes avec un air d'ado égaré, et sa voix se refuse, encore et toujours, à transmettre quoi que ce soit de troublant, ou même simplement profond. C'est là toute la différence entre Indochine et Depeche Mode, justement. Ou, dans un autre registre, Paradize et Nirvana... Mais ceci est une autre histoire. Et pas un problème pour les milliers de fans qui attendent le groupe dans la région cette semaine.