Indochine a décroché la lune

La scène se répète chaque soir : des milliers de personnes hurlent d'une même voix les paroles de "J'ai demandé à la lune", tube surprise de l'année signé Indochine, en concert ce soir et demain au Zénith. Un single écoulé à un million d'exemplaires qui a dopé les ventes du nouvel album "Paradize "­ déjà 700.000! ­ sorti en mars dernier.

C'est plus que dans les années quatre-vingt, la période faste du groupe. Qui l'eût cru? Après une première décennie triomphale, la formation née en 1981 était tombée dans l'oubli à l'aube des années quatre-vingt-dix, brocardée, parodiée, voire méprisée.

Pour le grand public, c'est un retour. Pourtant, le groupe n'a jamais cessé d'exister, résistant à l'indifférence médiatique, aux succès discographiques décroissants et aux coups durs qui ont émaillé son parcours : le départ des musiciens d'origine, le décès, en 1999, de Stéphane Sirkis, laissant son frère jumeau, Nicola, le chanteur, seul rescapé après vingt ans de carrière.

C'est dans cette obstination farouche à continuer coûte que coûte qu'il faut déjà chercher une partie du triomphe d'aujourd'hui. Car pendant que beaucoup ricanaient sur son dos, Indochine continuait à remplir les salles de concert sur la foi d'un public de fidèles qui s'est renouvelé et enrichi. Au Zénith de Nancy avant-hier, il suffisait d'observer les allées et venues des spectateurs : des familles entières, des étudiants branchés, des trentenaires nostalgiques ou des fans de la première heure.

"Je les suis depuis le début, mais c'est vrai qu'il y a eu une période où on se moquait un peu de moi, commente Gaétan, un spectateur de 32 ans. Les gens pensaient qu'ils avaient arrêté. "C'est là tout le décalage entre l'image ringarde du groupe et la folie qui régnait dans les concerts. De plus, malgré vingt ans de carrière, il a su toucher une nouvelle génération. "Il symbolise l'éternelle jeunesse, l'esprit adolescent", expliquent Caroline et Anne-Claire, deux étudiantes d'à peine 20 ans.

"Imposé par le public "

Autant d'atouts sur lesquels a su miser Columbia, label du groupe Sony Music, qui a récupéré Indochine il y a deux ans. "Même s'ils étaient boudés par les médias, tous les clignotants étaient au vert", avoue Arnaud Chiaramonti, manager chez Columbia. A sa sortie, l'album possède un potentiel artistique indéniable et les stratégies commerciales font le reste.

La maison de disques s'associe à la Fnac pour créer des événements : des séances de dédicaces favorisent l'achat du single, un DVD est joint aux premiers exemplaires de "Paradize". En un mois, l'album est disque d'or et "J'ai demandé à la lune "entre dans les classements des ventes de single. De quoi convaincre les plus grosses radios FM d'intégrer le groupe à sa programmation.

"Cela nous a été imposé par le public, comme ce fut le cas pour Louise Attaque", reconnaît Roberto Ciurleo, le directeur des programmes de NRJ. Aujourd'hui, Indochine se voit consacré sur scène avec un show spectaculaire et efficace qui fait le plein partout. La tournée, qui compte une cinquantaine de dates jusqu'à l'été 2003, cumule les Zénith et autres palais des Sports.

Elle se terminera en apothéose le 3 juin prochain à Bercy. Indochine a été sacré meilleur groupe français, cette nuit à Barcelone, lors des MTV Europe Music Awards (lire en page 36) . Il l'a emporté notamment face à David Guetta et MC Solaar. Indochine en concert ce soir et demain à 20 heures au Zénith, 211, avenue Jean-Jaurès, Paris XIXe. Tél. 01.42.08.60.00. Complet.