"On a eu raison de continuer"
Nicola Sirkis, chanteur d'Indochine
Quelques heures avant de monter sur la scène du Zénith de Nancy, Nicola Sirkis, 43 ans, fondateur d'Indochine, est revenu sur ce triomphe inattendu. Ce nouveau succès est-il une revanche?
Nicola Sirkis. Je ne suis pas revanchard, plutôt fier et content pour les gens qui nous ont soutenus. Mais c'est vrai que cela fout un peu le bordel dans le show-business français. A quel niveau? Personne ne s'y attendait. Il y a trois ans, le directeur d'une grande radio française a dit à ma manageuse : "Ce groupe est dans une situation désespérée." Certaines radios qui jetaient nos disques à la poubelle nous diffusent aujourd'hui.
L'ancien directeur de BMG (NDLR : ex-label du groupe avec lequel Nicola Sirkis a été en procès) a changé de boîte et veut me signer. Récemment, au concert de David Bowie à Paris, tous les gens que j'ai croisés me disaient bravo alors qu'avant ils m'évitaient. Cela me fait marrer de voir comment tout cela fonctionne. Qu'est-ce qui a le plus changé? Je travaille plus facilement. Avant, je devais discuter le budget d'un clip avec ma maison de disques pendant trois heures. Aujourd'hui, cela prend deux minutes.
Je n'ai plus à convaincre. Est-ce que, désormais, on vous sollicite artistiquement? Oh oui! Je tairai les noms, mais c'est pathétique. Cela peut aller de la grosse variété à des choses alternatives. Je n'ai jamais écrit pour personne d'autre que le groupe. Et le show-business, ce n'est pas mon monde. Les chanteurs français sont des Martiens. Ils s'écoutent parler, entourés d'une cour qui rigole dès qu'ils marchent de travers ou lancent une chaise dans une piscine.
"Depuis quelques années, le bouche-à-oreille était très bon"
Pressentiez-vous ce succès? Je ne me l'imaginais pas aussi énorme. Mais je sentais le même phénomène que sur l'album "3" (Ndlr : le plus gros succès du groupe dans les années quatre-vingt) . On était pleinement satisfait de chaque titre. Et tout cela était logique. Depuis quelques années, le bouche-à-oreille était très bon autour du groupe.
L'avant-dernier album, "Dancetaria", avait été disque d'or tout seul, les salles étaient pleines. C'est vraiment notre public qui a réimposé le groupe au fil du temps. Aujourd'hui je me dis que l'on a eu raison de continuer envers et contre tout.