Faut-il crucifier Indochine?




Tout le monde l'affirme, le premier intéressé confirme : depuis Wax en 1996, Indochine a entamé une deuxième vie. Une nouvelle direction qui a peu à peu redoré le blason rock d'un groupe étiqueté trop vite comme has-been et qui est resté dans beaucoup trop d'esprits comme le groupe d'une décennie révolue.
Il était plus que temps de s'expliquer avec Nicola Sirkis sur ce mystère Indochine. Ou comment un groupe longuement éreinté par la critique est devenu le plus grand vendeur rock du moment avec son dernier album Paradize.
ROCK MAG : 20 ans après vos débuts, tu te revendiques toujours plus rock alors qu'un titre comme J'ai demandé à la Lune s'impose comme un hit populaire. Par rapport à l'histoire du groupe, est-ce qu'Indochine n'a pas été trop souvent prisonnier de ses propres succès?
Nicola Sirkis : J'ai demandé à la lune est devenu très populaire, c'est sûr, mais un tube tous les 10 ans ce n'est pas non plus... C'est bien (rires)! Après savoir si on a été prisonniers de nos gros succès, c'est une question que je me pose depuis quelques temps... Mais nous, on ne change pas, j'ai jamais changé d'option ou d'opinion. Par contre et malheureusement, le regard des autres peut changer.
Et vu que J'ai demandé à la lune est un succès commercial, on risque d'avoir un retour de bâton stupide à partir du moment où certaines personnes qui ne supportent plus de voir le clip à la TV pourraient penser : "ah ça y est, c'est un groupe commercial". Mais ce titre est devenu un tube tout seul, on n'a rien fait pour, on n'a fait aucune télévision, on n'a serré aucune main de telle radio ou tel machin, etc. Pour moi, c'est un tube net et clean dans le sens où l'on ne s'est pas prostitués.
Après c'est vrai que lorsqu'un single se vend à plus d'un million d'exemplaires, on risque d'autant plus de se faire taper dessus. À l'époque, le succès de 3 dans les années 80, nous a fait beaucoup de mal parce que les gens confondent toujours grosses ventes et commercial. Mais c'est complètement stupide, le jour où tu entres en studio pour faire un disque, que tu t'appelles Pleymo ou que tu fasses du trash norvégien, c'est quand même pour en vendre au final.
Après tout dépend de la manière. Ensuite, ce qu'il faut se dire, c'est que c'est aussi positif qu'un titre comme J'ai demandé à la lune, écrit par Mickey 3D, soit numéro 1 du top single, parce que parmi tout ce qui a marché cet été, c'était un peu un OVNI par rapport au reste. Alors voilà, on n'a rien fait pour et on trouve ça génial, mais ça serait dommage que des gens pensent qu'Indochine a revendu son âme au diable alors que ce n'est pas du tout le cas, ça serait injuste au fait...
Reste que J'ai demandé à la Lune est le titre de l'album qui vous ressemble le moins, alors que vous auriez tout de même pu essayer d'imposer un titre plus tranchant et plus rock comme Like A Monster ou Marilyn par exemple?
Mais justement c'est pour ça qu'il nous a plu ce morceau, et pour parler vulgairement on n'a vraiment sucé aucune bite pour que ça marche... Et c'est pour parler très vulgairement! Après, moi au départ je voulais sortir Electrastar en premier single, on arrivait avec un album le plus rock d'Indochine et effectivement on a choisi un peu à contrecoeur J'ai demandé à la lune, mais en même temps moi les singles je m'en foutais complètement, je ne pensais pas que ça marcherait autant...
De mon côté c'était : "Ok, moi ce qui m'intéresse c'est l'album" et après c'est parti 6 mois comme ça, mais c'est aussi une chanson qu'on revendique entièrement, quand on la joue sur scène il se passe des choses assez incroyables... Je suis content qu'elle ait marché parce que par rapport à ce qui réussit en France en ce moment, ça fait peur quand même...
Heureusement qu'il y a des trucs comme Noir Désir qui marchent bien, les Rita Mitsouko de temps en temps... Ou même Zebda et Manu Chao, même si ce n'est pas le genre de musique que j'aime...
Contrairement à certains groupes comme Noir
Désir ou d'autres qui ont pu bénéficier de leur long parcours,
on a l'impression qu'il en va autrement pour Indochine et que le
passé vous freine plus qu'autre chose, que c'est plus un fardeau...
Un fardeau...?
Oui, dans le sens où il y a clairement un mépris d'une certaine presse à ton encontre, non? En tout cas il n'y a aucune reconnaissance de la part de l'intelligentsia rock...
Je cherche absolument pas de reconnaissance quelle qu'elle soit et surtout pas de la part d'une intelligentsia du monde du rock. Je veux dire qu'est-ce que c'est le rock? Ce n'est pas une culture. La culture, elle est dans les livres, elle est ailleurs. Mais je comprends... il y a 10 ans, Indochine était le groupe à détester et sur lequel il était de bon ton de cracher, c'était très difficile pour les fans d'aimer ce groupe-là.
On drainait des casseroles énormes, uniquement à cause du succès du groupe et ce qui a sauvé ce groupe, c'est sa sincérité et son honnêteté. Aujourd'hui, tout le monde respecte plus son parcours. En tout cas, ce n'est sûrement pas un fardeau, sinon je ne continuerais pas à faire de la musique et à jouer L'Aventurier. On est là depuis 21 ans et on a certainement beaucoup plus évolué que pas mal de groupes de cette époque-là.
Une certaine frange de médias prescripteurs ont toujours pris un malin plaisir à taper sur Indo mettant régulièrement à mal la crédibilité du groupe. Est-ce que c'est quelque chose que tu as essayé d'analyser, de comprendre?
Je pense qu'on ne brûle que ce qu'on aime! (rires)... C'est facile, mais c'est vrai que tout ce qui marche est suspect. Et peut-être que moi-même ça m'aurait énervé de voir Indochine partout à un moment donné... Peut-être que j'aurais fait partie de ces gens-là aussi! Aujourd'hui, il y a des gens qui viennent voir jouer Indochine et qui disent qu'ils ne s'attendaient pas à ça, qu'ils regrettent tout ce qu'ils ont pu pensé, c'est ça le plus important.
C'est plus ringard maintenant de détester ce groupe que ce ne l'était il y a une dizaine d'années. Maintenant qu'il y ait encore des gens qui ne nous aiment pas, heureusement! On n'est pas là pour faire l'unanimité. Mais ce qui me fait plaisir, c'est que les gens qui n'aiment pas Indochine aujourd'hui sont la plupart du temps des gens qui sont éloignés de notre sphère et qui sont plus jaloux d'un succès qu'ils ne s'expliquent pas. Mais les gens sont libres de ne pas aimer.
Opères-tu une distinction nette entre le groupe de l'avant et de l'après Wax?
Oui... Même si ce n'est pas deux groupes complètement distincts parce que l'âme est restée, sa façon d'exister aussi, mais c'est vrai que ça n'a rien à voir. Déjà, je trouve que le line-up du groupe aujourd'hui est le meilleur qu'on ait eu, c'est là où je voulais aller. Dominique est sûrement parti au bon moment...
Mais, je vis plus pour le présent et pour le futur proche que pour le passé. Je ne retourne jamais en arrière et on a toujours refusé de faire partie de ces trucs revival des années 80. C'est peut-être pour ça justement que ce groupe marche toujours aujourd'hui...
Après le départ de Dominique et la disparition de Stéphane, tu aurais pu aussi bien prendre le parti de changer le nom du groupe, pourquoi ne pas l'avoir fait?
C'est vrai que quand Wax a commencé, on a dit : "Est-ce qu'on garde le nom Indochine?". Stéphane et moi, des gens autour de nous. Et j'ai dit : "On est Indochine et un groupe a le droit d'évoluer dans ce sens"... C'était différent, Dominique le guitariste, principal compositeur, s'en va, on ne donnait pas cher de notre peau, on a mué, on en a changé une et voilà... Mais ça s'est posé un moment c'est vrai, mais peut-être pas longtemps.
Et si on a décidé de continuer, c'est parce que j'étais fier de ce qu'on avait fait avant et que je voulais continuer à jouer des morceaux comme Salinger, Le Baiser, L'Aventurier, Trois nuits par semaine, etc. Ces morceaux font partie de ma vie, je n'allais pas redémarrer un autre groupe... Ça reste le même univers, c'est pour ça que je dis que l'âme du groupe est ce qu'il y a de plus fort.
Ça signifie que cette âme se retrouve en toi?
Oui, elle est en moi et les personnes qui ont incorporé le groupe, Boris, Marc ou même Olivier, respectent cette âme, ils ont un immense respect du passif et de l'actif de ce groupe.
Melissa Auf Der Maur (Le grand secret), Jean-Louis Murat (Un Singe en hiver), Mickey 3D (J'ai demandé à la lune), tous ces gens appraissent sur l'album. C'était un nouveauté?
Oui... À part Juliette Binoche qui était juste venue chanter des petites phrases sur Le Baiser. Il y en a deux qui sont venus comme des grands : Mickey 3D et Jean-Louis Murat. Les autres, c'est moi qui les ai contactés en ne sachant pas si ils accepteraient et s'ils connaissaient le groupe, que ce soit Ann Scott, Camille Laurence ou Melissa. On a eu un bol incroyable et un état de grâce sur cette fabrication d'album.
Dans ma vie privée je ne suis pas le chanteur d'Indochine, j'aime lire des livres, écouter des disques, j'aime Melissa... Je me suis dit pourquoi pas? Ils ont tous accepté alors que je ne m'attendais pas à ce qu'ils connaissent le groupe, c'était vraiment quelque chose d'inimaginable... Et que Jean-Louis Murat et Mickey 3D viennent tous seuls pour me proposer un truc, c'est assez incroyable.
La sincérité est là, un type comme Jean-Louis Murat c'était pas facile pour lui de dire : "Je vais écrire une chanson pour Indochine", alors que lui justement il a une reconnaissance de certains médias "bien pensant". Et en plus ce titre est un hommage et c'est ça qui m'a fait plaisir aussi, c'est un hommage à ce que j'ai été dans ce groupe et à ce qu'est ce groupe.
Marilyn Manson, les Smashing Pumpkins, Placebo, dans quelles mesures ces groupes influencent Indochine aujourd'hui?
Ce n'est pas que ça nous influence, c'est ce qu'on écoute. La première fois que j'ai vu un clip de Placebo, je me suis dis qu'enfin le rock anglais recommençait à être intéressant dans ce côté un peu Bowiesque, un peu sensuel... Marilyn Manson, j'écoutais un peu, j'avais vu des clips et j'ai fini par aller le voir en concert et là j'ai été incroyablement surpris et vraiment touché par ce qu'il faisait.
Beaucoup de gens disaient que c'était du grand guignol, mais en fait ce mec a vraiment plein de choses à dire, c'est très intelligent, la musique est vachement bien. Les Smashing Pumpkins enfin, c'est un groupe que j'ai toujours adoré. Et justement ce qu'il y a d'intéressant c'est que les gens aiment ces groupes-là en France aiment aussi Indochine alors qu'on était considérés comme des moins que rien, c'est magique! La dernière bassiste des Smashing joue avec nous sur l'album, c'est énorme...
Sur Paradize, le titre Marilyn comprend un thème faisant carrément penser à un titre de Manson, dans les paroles certains passages semblent clairement reliés à l'antéchrist superstar, c'est un titre hommage?
Cet album est un album d'hommage à tous les gens qu'on a aimé, que ce soit Depeche Mode, Nine Inch Nails ou Manson, ce n'est pas un album de références, mais c'est un hommage à tous ces gens-là qu'on a aimé et qu'on aime encore. C'est pour ça que cet album clôture la trilogie entamée avec Wax, c'est un disque qui rend vraiment hommage à tous ces gens-là mais avec la sauce Indochine.
Alors oui, ce titre c'est Manson, au départ Marilyn c'était le nom de code du morceau quand on bossait dessus, et puis je n'ai pas voulu le changer car ça aurait été grossier de cacher cela... C'est vrai que c'est une référence total à Marilyn Manson et à ce qu'il est. Et pour le thème dont tu parles, c'est un sample de la batterie du quatrième morceau (Ndlr : Rock is Dead) de l'album Mechanical Animals.
Cela dit, ça faisait déjà un moment que je souhaitais cette rythmique pour Indochine parce que c'est une rythmique complètement glam, si tu écoutes bien. Là d'ailleurs, je viens d'acheter une compile des Bow Wow à Londres et là aussi il y a des rythmiques de ce genre... C'est tribal, c'est glam.
T-Rex aussi avait fait un peu le même genre de chose, Sweet aussi, enfin tout ce genre de groupes des années 70... Les Sparks, les Sweet, c'est des groupes que j'adorais vraiment... Et pour en revenir au titre, Marilyn, ça sera certainement le single live parce que ce qu'il se passe sur ce morceau sur scène, c'est vraiment magnifique.
Ce qui signifie que vous vous préparez à
sortir un nouvel album live?
On va enregistrer un CD live avec 1 DVD au Zénith de Paris les 15 et 16 novembre avec normalement le réalisateur du DVD de Muse, Hullabaloo... Le seul problème c'est qu'il doit venir avec 70 caméras et 45 Anglais. C'est juste un problème de logistique parce que je ne me vois pas avec 45 Anglais dans les loges (rires)...
Dans le paysage musical en ce moment, qu'est ce qui te plaît particulièrement?
Là il y a les Vines qui me plaisent beaucoup, et puis le dernier Death in Vegas aussi je trouve qu'il est vachement bien. Primal Scream également, c'est toujours un groupe que j'ai vraiment adoré. Par exemple, Revolution sur Wax était très influencé par le Come Together de Primal Scream, quand il avait mélangé ces voix. À l'époque, je m'étais dit que c'était vraiment une bonne idée de faire du rock avec du gospel...
En règle générale, les artistes ont du mal à découvrir clairement leurs influences sur tel ou tel de leurs titres, toi ça ne te dérange pas apparemment. C'est par souci d'honnêteté?
Mais tu sais, tout le monde se pique des trucs les uns aux autres! Placebo c'est du Sonic Youth en plus rapide et ils le revendiquent totalement, ils l'assument... Après, oui, c'est peut-être par souci d'honnêteté et c'est d'ailleurs peut-être pour ça que le groupe a suscité un intérêt. Parce que tout le monde le sent honnête.
Il paraît que tu n'as jamais été un fan de remixes, pourtant le nouveau single Mao Boy est présenté avec des versions de Rinôçérôse et The Orb plutôt réussies soit dit en passant. Pourquoi portais-tu un regard négatif sur ce genre de ré-interprétation?
Il y a aussi Boris et Olivier qui ont fait un remixe de Mao Boy! En fait, le truc des remixes a commencé avec J'ai demandé à la lune, on a reçu plein de trucs, mais c'était nul. Et en définitive, on a eu un truc de Telepopmusik qui était vraiment pas mal. À partir de là, je me suis dit pourquoi pas? Sur cet album, on clôture une ère, on clôture une trilogie, alors allons-y, ouvrons-nous aux remixes.
Il n'y avait jamais eu de remixes de titres d'Indochine auparavant?
Ouais, il y a eu des essais mais c'était nul très honnêtement! C'est-à-dire que c'est la première fois qu'on assume réellement les gens qui bossent là-dessus et qu'on est contents de ça. Récemment d'ailleurs, Brian (Ndlr : Molko) m'a téléphoné juste avant qu'il n'entre en studio et il m'a dit que ça les intéresserait de faire un remix pour Le grand secret, je lui ait envoyé mais je ne sais pas où ils en sont!
Et le remix de Tricky dont on a beaucoup parlé, ça en est où?
Alors ça, ça devrait sortir en décembre ou en janvier avec le troisième single qui sera justement Le grand secret. Et lui, il est venu tout seul. En fait c'est notre maison de disques, je crois, qui lui a demandé, il a flashé sur le titre et il a dit oui! De notre côté, on était super contents et donc voilà le remix est là dans mon sac. C'est un truc très spécial où il n'a gardé que le refrain, c'est très hypnotique.
Et puis c'est génial aussi parce que d'un seul coup, Tricky - qui est une référence pour tout le monde élitiste - accepte de faire un remix d'un artiste français et c'est nous... C'est normal qu'on suscite beaucoup de jalousie! (rires)... Mais encore une fois, ce n'est pas du tout pédant ou présomptueux de notre part, ça tient plus du hasard. Ce n'est pas revanchard non plus, mais c'est vrai que cet album remet les pendules à l'heure très simplement par l'injustice qu'il y a eu sur Indochine toutes ces années-là.
C'était très facile de détester Indochine : "Ouais ça marche, c'est nul"... Mais il y a eu des choses beaucoup plus fortes derrière ce groupe qui font qu'aujourd'hui il est plus respecté. C'est dommage que Stéphane ne voit pas ça, mais je suis content... C'est ce qu'il fallait dire sur ce groupe et ce groupe méritait ça. Et je suis aussi content pour les fans d'Indochine parce qu'ils peuvent être fiers d'avoir supporté ce groupe ces dernières années.
Musicalement, en 20 ans il y a eu une évolution et des prises de risques parfois, mais au niveau vocal il me semble que tu n'en prends pas autant, tes lignes de chant restent le plus souvent dans le même esprit. C'est la volonté de se rallier à un style Indochine? Tu n'as pas envie de pousser le truc un peu plus loin?
Déjà, je revendique le fait de ne pas savoir chanter parce que le rock c'est réservé aux gens qui ne savent pas travailler, qui emmerdent le monde et qui ne sont pas comme dans Star Academy, c'est pour ça que ça marche! À un moment donné quand tu te fais engueuler parce que tu chantes faux par Thierry Ardisson - je l'emmerde - c'est là où ça dérape c'est là où c'est bon.
Moi effectivement je ne savais pas chanter même si j'ai quand même appris à gérer ma voix parce que sinon je ne serais pas là au bout de 21 ans, mais j'ai vraiment su chanter, m'améliorer dans ce domaine et adorer ce que je faisais au niveau vocal à partir de 7000 danses. C'est-à-dire à doser ma voix. En même temps, 7000 danses c'est pas un exemple parce qu'on a commencé à corriger mes tessitures à partir de l'album Le Baiser parce que j'étais trop haut...
Mais il y a plus de travail, plus de justesse, même si je comprends ce que tu entends par prise de risques... C'est vrai que par exemple je ne hurle pas! Mais c'est mon style, à un moment donné aussi, je ne vais pas me mettre à hurler comme Marilyn Manson parce que lui le fait. Même s'il m'est arrivé de me demander ce que cela pourrait donner... C'est le style qui fait que ça reste Indochine aussi. Après il y a quand même des montées en voix de tête, des choses comme ça.
Et puis, il y a aussi plus de prises de risques sur scène aussi, c'est sur scène que la vérité d'Indochine ressort. Je comprends ce que tu veux dire par là, je ne suis pas d'accord à 100% mais c'est un truc qui trotte dans ma tête aussi parce que j'ai peut-être envie de... Pourquoi j'ai voulu clôturer une période par cet album? C'est justement parce que là je veux m'ouvrir. Même sur les thèmes des chansons, le sexe, sur plein de choses.
Je pense avoir fait le tour de tout ça et le nouvel album d'Indochine s'il a lieu, s'il existe, il y aura de toute façon du changement, ou en tout cas, on va se positionner ailleurs. Je ne vais pas rechanter des chansons sur la bi-sexualité et tout ça encore une fois. Là j'ai fait le tour de tout ça et je pense que les jalons sont posés pour aller plus loin, notamment quand tu écoutes un morceau comme Un singe en hiver.
Après, ce qui est sûr c'est que Paradize marque la fin d'une trilogie et ce n'était pas sur cet album qu'il fallait prendre des risques. On a simplement mis tout ce qu'on voulait entendre dans ces trois albums et particulièrement sur celui-là. Ensuite, qu'est-ce qui peut se passer après? Tout est possible!
À ce sujet, tu évoquais la possibilité que Paradize puisse être le dernier album d'Indo. Ça n'a pas changé?
Ça peut être le dernier album d'Indochine ouais! Même si c'est plus dans le sens d'une fin de cycle que je l'avais dit. Alors après, on va travailler sur un nouvel album, est-ce que ça sera Indochine? Est-ce que ça sera autre chose? Je ne sais pas, mais en tout cas il y a l'envie, on a envie d'écrire des choses. Et vu les petites choses qu'on a déjà, c'est sûr que ça sera différent, et si ça doit rester Indochine, ça sera avec cette même âme.
Tu dis qu'il y a une envie et que vous avez commencé à travailler sur de nouvelles choses, cela veut bien dire qu'il y aura un prochain album...
Non rien n'est certain, on bosse c'est tout. Il y a des petites choses par ci, par là, il y a une envie, mais rien n'est assuré. Après la tournée, on sera en juin 2003, si ça se trouve, on ne pourra plus se saquer, on n'en aura ras-le-bol d'être en tournée, on voudra prendre 2 années sabbatiques et de mon côté je me dirai que ça suffit... On n'en sait rien, on a envie pour le moment. Là on est dans cette histoire de groupe et ça se passe bien, mais on ne sait pas de quoi sera fait le futur...
Aujourd'hui tu as plus de 40 ans, tu te vois encore combien de temps dans tout ça?
J'ai peur de me projeter parce que là j'ai... 43 ans? Non 42... Attends, je suis né en quelle année moi? En 59? Bon, je sais plus, mais j'ai 40 ans et des poussières... Mais je ne me sens pas du tout avoir 40 ans. Dans la pratique, c'est sûr que je les ai, mais c'est seulement l'esprit humain qui a inventé le calendrier et moi je m'en fous aussi quelque part. Mais bon, c'est comme ça, est-ce que ça sera encore bien de continuer à être sur scène dans 2, 5 ou 10 ans?
Je n'arrive pas à savoir, j'ai l'impression d'être dans un cadre temporel par rapport à ça. Tant que l'envie est là je pense qu'il y a un avenir! C'est-à-dire qu'aujourd'hui je ne me sens pas complètement déboussolé comme les Rolling Stones l'ont été quand les punks sont arrivés. Je ne me sens pas déboussolé parce que les jeunes respectent Indochine. On ne sent pas du tout comme un vieux groupe. On est un nouveau groupe qui a 21 ans d'existence...
La tournée redémarre le 1er novembre, que doit-on attendre de cet acte 2?
Eh ben c'est une tournée où il y aura beaucoup de surprises, beaucoup de choses qui vont susciter la passion, l'envie, la peur... Plein de choses! C'est-à-dire que ça ne sera pas du genre : début de concert à 20h30 pour finir à 22h30 même si il faut savoir se mesurer, mais il pourra y avoir des dérapages, tout peut arriver. L'image Sex, Drug And Rock'n'Roll c'est à ça que va se résumer cet acte 2. C'est là où il faudra être les 6 prochains mois!
