Dans l'intimité d'Indochine

Après la clandestinité, le groupe de Nicola Sirkis renoue avec une énorme gloire. Retour acoustique sur deux décennies d'aventure musicale.

À ceux qui avaient prématurément enterré Indochine, le succès des deux dernières tournées du groupe de Nicola Sirkis constitue un cinglant camouflet. Après avoir investis les Zénith et autres Parcs des Expos, ces survivants d'une new wave dont ils étaient l'une des icônes dans les années 80, se sont offerts un tour de France acoustique dont chacune des étapes frôlait l'hystérie.

"Nuits intimes", à défaut de restituer l'ambiance de ces rendez-vous fiévreux, propose une partie du répertoire de cette autre aventure scénique.

Live le disque l'est pas vraiment même si sa réalisation s'est faite dans les conditions de la scène. L'album a, effectivement, été enregistré entre les quatre murs d'un studio où avaient été invités une cinquantaine de fans privilégiés. Dommage! N'empêche qu'Indochine, trop vite rejeté dans les oubliettes de l'histoire, fait un retour en force tout en haut de l'affiche.

Indochine, vingt ans d'histoire et de nouveau la gloire après une traversée du désert.

Poulbots du nouveau millénaire

Ils étaient 3.500 à Nancy pour la tournée qui a suivi la sortie du dernier album studio. Ensuite, pour les concerts acoustiques, avec étapes dans une dizaine de villes de la région, la fête a eu lieu, invariablement, à guichets fermés. Si Indochine a bâti sa gloire sur des guitares électriques au son estampillé eighties et une solide machinerie électronique, son répertoire s'accommode, sans problèmes, d'autres traitements.

Pour preuve, l'extraordinaire piano posé sur "Nuits intimes". À lui seul, le clavier suffit pour installer une réelle intimité, celle justement pour laquelle s'est déplacé le public. Les cordes constituent le complément, indispensable et réussi, de cette aventure menée avec bonheur loin de la furie dont le rock a fait son ordinaire. Seul bémol à l'aventure, la rythmique demeure en avant, un peu trop présente pour cadrer avec l'habillage général.

Pour chacun de leurs concerts, ceux d'Indochine avaient demandé au public de choisir par Internet une partie des titres interprétés le soir. Le live, prise en compte cette donnée, dresse le hit populaire d'une histoire de vingt années, menée la plupart du temps sur les artères du show business.

Dans leur version acoustique, "Salômbo", "Trois nuits par semaine", "Tes yeux noirs" ont un panache certain et rappellent que ce groupe, si souvent décrié, ne manquait ni d'inspiration, ni d'ambition. Le reste de ces "Nuits intimes" est consacré aux titres plus récents, moins connus peut-être du grand public mais appréciés sans retenues par une borde de fans où se retrouvent toutes les générations, teenagers des années de braise et Poulbots de ce nouveau millénaire.

Bus d'acier

Quand Indochine se fait une place au soleil avec "L'Aventurier", Téléphone est sur le point de raccrocher et la vague de fond punk a perdu toute sa charge rebelle pour devenir une marchandise largement exploité par le système. Nicola Sirkis et l'un de ses premiers compagnons d'aventure, Dominik Nicholas, ont d'abord fait partie des Espions, groupe qui dénonçait cette récupération.

Quand Indochine voit le jour, les même s'ingénient à développer une façon d'être loin des clichés que cultive avec ostentation le rock. Le cuir n'est plus de mise pour ces nouveaux venus qui, dès leur premier disque, raflent le Bus d'acier.

Plus pop que rock, ils cultivent une certaine esthétique, présente jusque dans leur musique. La critique supporte mal le succès de ce gang jugé trop "propret" pour être honnête. N'empêche que l'histoire va durer vingt ans malgré la voix approximative de Nicola, des traversées du désert et de terribles coups du sort comme la disparition prématurée de Stéfane Sirkis.

"Nuits intimes", Indochine, Columbia/Sony