Un goût de Paradize

Indochine, avec son nouvel album, nous livre sa vision du paradis. Un univers plein de contradictions et d'ambiguïtés, balançant à chaque instant entre lumière et ombre, entre douleur et plaisir. Un "Paradize", décidément, très très excitant...

Dans le genre collaborations, on en connait qui se débrouillent moins bien. Car la liste des invités de Paradize est étonnante : un peu par la quantité.

Outre Melissa Auf Der Maur (bassiste, ex-Hole, ex-Smashing Pumpkins), on note la présence des écrivains Ann Scott (Paradize) et Camille Laurens (Comateen I), de Mickey 3D (J'ai demandé à la lune), Gérard Manset (La nuit des fées) et... Jean-Louis Murat, auteur de Un singe en hiver.

Qui raconte : "J'ai un très bon copain qui connait Nicola et qui m'a dit qu'il aimerait que j'écrive pour lui. Je lui ai répondu que je n'étais pas un spécialiste d'Indochine, que je ne me ressentais pas de le faire. Et puis je lui ai quand même envoyé un truc sur lequel je travaillais. Je n'en ai gardé aucune trace.

Il y a des choses qui ont dû être changées, bien sûr, ne serait-ce que parce que j'articule mal. Même le titre n'est pas de moi. À l'origine, c'était Retour d'Indochine. Mais c'est bien. C'est du Nicola, c'est du Indochine. Dans la chanson pop, il a une place importante. Des types comme lui, il en faudrait plus..."

On n'écoute pas un album d'Indochine, on y entre. On en pénètre l'univers, on s'empreigne de son imagerie, on s'y fond totalement. Peu d'artistes ont ce pouvoir-là. Nicola Sirkis ne l'a pas toujours eu, mais il l'a acquis.

Car il en a fait du chemin, depuis les années 80, L'aventurier, Tes yeux noirs, Canary Bay . À l'époque, le groupe formé par les frères Sirkis s'était vu scotcher un peu hâtivement, on veut bien le reconnaître, l'image d'un groupe à minettes qui, comme les modes, finirait bien par passer. On s'était trompé.

Le décès de Stéphane en 99 changera à jamais Nicola et viendra bouleverser la vie musicale du groupe, même si avec Wax, enregistré sans Dimitri et Dominique en 97, il s'était déjà passé quelque chose. C'est alors seul gardien du nom Indochine que Nicola continue à faire évoluer le son et l'image de la formation, à travers deux albums tout à fait remarquables, Dancetaria et, aujourd'hui Paradize.

Romantisme total

Paradize est un disque d'un romantisme total. Brûlant, échevelé, violent, désespéré, flirtant sans cesse avec les tabous et les interdits ("Je me sens bien ici, tout est interdit"), les ambiguïtés (surtout sexuelles, dans Marilyn aujourd'hui, comme dans 3e sexe hier) la mort, le plaisir, la douleur.

Dans Paradize, la souffrance et la jouissance sont partout. À commencer par la chanson-titre. Quelques notes électro, un son vaguement Depeche Mode première période pour commencer, et vite une rythmique violente, une frappe qui n'a rien de chirurgical, des guitares sales pour un titre qui ne ressemble à rien de connu, mélange brillant de pop, de glam, de rock et de punk qu'il applique, d'ailleurs à divers titres, Electrastar et le sautillant Punker en tête.

Les mélanges, c'est bien là l'un de ses talents. Et il les préfère dérangeants, quand il fait cohabiter noirceur du propos et rythmes entraînants, notamment dans Punker ("Je regarde la terre, je n'y vois rien à faire").

Car avec Indochine, pas de pathos, pas de larmoiements, pas de grands sentiments enroulés dans des violons. Ainsi Nicola parvient, dans J'ai demandé à la lune, à faire reprendre son refrain par une fillette sans qu'à aucun moment ça ne sonne gnangnan. Quant au Grand secret, son duo avec Melissa Auf Der Maur, tout en retenue, il est - y compris dans ses différents degrés de compréhension - d'une grande subtilité...

Nicola Sirkis, seul membre du groupe des débuts.

Retour d'Indochine

On aura donc du mal à trouver la moindre faute de goût dans cet album en tous points remarquable, mixé par Gareth Jones (déjà responsable du tout aussi remarquable Exciter de Depeche Mode : nous y voilà...), qui nous tient en haleine du début jusqu'à la fin.

La fin, justement... Un singe en hiver , un titre... de Jean-Louis Murat ce qui, sur le papier, pourrait sembler étrange, voire incongru, tant leurs deux univers semblent opposés. C'est pourtant l'un des plus grands moments de l'album... et parmi les meilleures chansons qu'ait écrites l'Auvergnat ces dernières années.

Un piano au premier plan, pour une chanson dépouillée sans en être pour autant paresseuse dans les arrangements et un texte - "C'est l'Indochine ma vie, ça on le sait" - écrit à la base par Murat pour lui-même, qui colle d'autant plus étrangement à Nicola qu'il a, il y a peu, déclaré que le groupe. du moins sous sa forme actuelle, touchait à sa fin. Un retour à la douceur, après beaucoup de fureur. Apaisé. Léger comme une caresse. Un baiser sur le front...

(Columbia/Sony)

Le vendredi 8 novembre à 20h30 au Zénith de Lille.
Tarfis : de 18,26
à 29,10 .